Wednesday, June 7, 2017

Carlo Prampolini, piano - Works by Alexandre Scriabine, Jean-Pierre Deleuze, Christophe Guyard, Marco Quagliarini, Giacinto Scelsi.
 

 

L’héritage et la transmission

Concert de Carlo Prampolini, pianiste

Le récital du jeune pianiste italien Carlo Prampolini est le quatrième d’une série qui a vu ce même programme présenté à la Fondation Scelsi à Rome, à la Villa Tesoriera à Turin et au Festival d’Alba dans le Piémont.

Il représente le début d’une étroite collaboration entre la Villa des Compositeurs de Turin (fonds de dotation ayant reçu le patronage du Ministère de la Culture et de la Ville de Paris) et le Forum des Compositeurs (l’association des compositeurs de la Fédération Wallonie Bruxelles).

Ces deux associations œuvrant pour la transmission et la conservation de l’héritage musical, ont décidé de former une alliance afin de favoriser les échanges transnationaux  et augmenter les chances de stimulation d'une mémoire collective pérenne dans le respect de la pluralité esthétique.

Ces valeurs humanistes et les enjeux de la transmission culturelle sont d’ailleurs partagés avec l’Institut Italien de la Culture et l'Alliance française dont le soutien déterminant a permis l’organisation de cet évènement.

Alexandre Scriabine, Giancinto Scelsi, Marco Quagliarini, Christophe Guyard et Jean-Pierre Deleuze sont les compositeurs choisis pour illustrer ce nouvel élan, et mettre en relief la filiation artistique au travers de plusieurs  générations de compositeurs.

 

Détail du programme 

  1. Alexandre Scriabine (1872-1915)
    Sonate pour piano n°4 Opus 3, 1903

Prophète de notre modernité, Alexandre Scriabine fut l'un des plus grands pianistes virtuoses et compositeurs, à l'articulation des XIXème et XXème siècles. Ses premières œuvres pour piano témoignent de son admiration pour Chopin. A l'opposé, les dernières œuvres comme Prométhée ou le Poème du feu, annoncent une modernité se libérant de la tradition, avec l'enrichissement continuel de son langage musical transcendant la tonalité.

Cette Sonate n°4 en deux mouvements (Andante et Prestissimo volando), fut composée au cœur d'une période heureuse et de transition. Le compositeur s'y présente également comme poète et philosophe, et sous-titre : « Le vol de l'homme vers l'étoile, symbole du bonheur ». Rêveuse dans un premier temps, la Sonate exprime ensuite le bonheur avec une grande douceur et de grands moments de véhémence, au fil d'une énergie véloce.

  1. Jean­-Pierre Deleuze (1954) (*1)
    Espaces oniriques II (Étude pour les résonances), 2010

Répondant au rêve par le rêve, néanmoins en opposition à la mobilité caractéristique de l'écriture du piano russe, l'Etude Espaces oniriques II de Jean­-Pierre Deleuze prend possession de l'espace immobilisé par la résonance de la table d'harmonie du piano. La pièce nous immerge dans une atmosphère perlée et ondulatoire, animée par l'apparition de fluides arabesques colorées, et par la résurgence d'une énergie tellurique, véritable centre de gravité de l'œuvre.

  1. Christophe Guyard (1966) (*2)
    1ère Sonate pour piano, 1984

Monolithique, la 1ère Sonate fait un usage passionné du second mode d'Olivier Messiæn. A partir de la 2ème Sonate, Christophe Guyard rejoindra les chemins scriabiniens.

Cette 1ère Sonate rejoint la famille contemplative et à prédominance harmonique des deux œuvres précédemment jouées. En alternative au bithématisme, elle affirme une forte dualité par l'opposition entre une écriture fluide horizontale, au temps plus suspendu ou en quête de libération dans de nombreuses fusées virtuoses, et une écriture rythmique verticale incitant à la danse, autour de monodies à notes répétées ayant fonction de pivots dans la rhétorique.

  1. Marco Quagliarini (1973) (*2)
    Ricercare, 2013

Par cette œuvre, Marco Quagliarini ouvre la porte de l'avenir musical annoncé par Scriabine : promesse d'un paysage atonal non dénué de pôles d'attraction harmoniques et de gestes rythmiques spontanés, mis en interaction dans une fresque contemporaine.

Notre héritage culturel produit immanquablement des fruits dans la création d'aujourd'hui. Comme l'explique très bien le compositeur, l'œuvre met en forme les éléments de ces réminiscences dans sa proposition musicale:

« Certamente il titolo “Ricercare” è stato l’ultimo tassello della composizione.

Esso ha il duplice significato di ricerca interiore e strutturale. E’ impossibile, per me, comporre senza “Ricercare” le motivazioni del dire in me stesso.

Ecco, allora, che immagini, figure, gesti, che ho coltivato per anni, emergono e prendono il sopravvento creando concatenazioni e nessi sempre nuovi, inattesi.

“Ricercare”, appunto, per progredire. » – M.Q.

  1. Giacinto Scelsi (1905-1988) (*2)
    Un Adieu, 1988

Avec cette pièce en forme de testament, Giacinto Scelsi remet entre nos mains une ultime mélodie sur un paysage presque effacé d'accords impressionnistes. Ce récit clôture à la fois le cycle de sa vie et de son œuvre intégrale, et ouvre un autre cycle inconnu, celui de la mémoire collective, conditionnée à notre engagement dans la préservation de l'héritage culturel.

(*1) : compositeur membre du Forum des Compositeurs, Bruxelles

(*2) : compositeurs membres de la Villa

 

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