Trecce di Threni

2004

Ces « Tresses de thrènes » (le thème est une lamentation funèbre que l’on chantait dans l’antiquité grecque, à l’occasion de funérailles) ont été composées peu après la disparition de Luciano Berio, survenue en juin 2004.  Je voulais lui rendre hommage de la manière la plus sincère, et en signe de réelle gratitude.  Aussi, tout dans cete pièce, du titre jusqu’au moindre détail, évoque la musique de Berio, ceci au moyen d’allusions apparentes ou voilées.  Le matériau qui irrigue l’entièreté de la pièce est constitué de cinq citations provenant d’œuvres qui, chacune à leur manière,  mettent en scène la voix et qui, pour diverses raisons, m’avaient particulièrement marqué.  Il s’agit de Sinfonia, Coro, Sequenza III (pour voix), Folk Songs, et Cries of London.  La forme de Trecce di Threni se compose de cinq parties enchaînées correspondant aux cinq œuvres évoquées ci-dessus.  Si chaque partie énonce l’ensemble des citations, l’entrelacement de ces dernières diffère au cours de l’œuvre, si bien que les citations prennent l’aspect de véritables treses, lesquelles se renouvellent sans cesse.  A ces tresses musicales correspond une « tresse littéraire, constituée de divers fragments extraits du « Paradis » (Divine Comédie) de Dante.

Texte italien mis en musique

« (…) perché appressando sé al suo disire nostro intelletto si profonda tanto, che dietro la memoria non può ire. » (Chant I)

« (…) però non fui a rimembrar festino ; ma or m’aiuta ciò che tu mi dici, si che raffigurar m’è più latino. » (Chant III)

« E come in fiamma favilla si vede, e come in voce voce si discerne, quand’una è ferma e altra va e riede, vid’io in essa luce altre lucerne, muoversi in giro più e men correnti, al modo, credo, di lor viste interne. » (Chant VIII)

« (…) come schiera d’ape che s’infiora una fiata e una si ritorna là dove laboro s’insapora (…) »  (Chant XXXI)

« (…) udir mi parve un mormorar di fiume che scende chiaro giù di pietra in pietra, mostrando l’ubertà del suo cacume. » (Chant XX)

Traduction française de Jacqueline Risset

« (…)car en s’approchant de son désir notre intellect va si profond que la mémoire ne peut l’y suivre. »

« (…) aussi je fus lent à me souvenir, mais ce que tu me dis m’aide à présent, et l’imagination m’est plus facile »

« Et comme on voit dans une flamme une étincelle, et comme on discerne une voix dans une voix, quand l’une est immobile et l’autre va et vient, je vis dans sa lumière d’autres clartés se mouvoir en cercles plus ou moins rapides, en suivant, je crois, leur vue intérieure. »

« (…) comme essaim d’abeilles, qui tantôt s’enfleure et tantôt retourne, là où son butin prend saveur (…) »

« (…) il me sembla entendre un murmure de rivière descendant claire de pierre en pierre, montrant la fertilité de sa source. »

Chez Dante, le « Paradis » est aussi un prétexte permettant à l’auteur de faire un éloge de sa muse, Béatrice.  En conséquence, ce texte se présente également à nous, lecteurs, comme un scintillant éloge de la beauté.  Parallèlement, j’ai cherché dans Trecce di Threni, non à imiter le style de Berio, mais bien à adresser, à ma matnière, un salut élogieux, à celui dont la musique recèle, sans nul doute, les plus subtiles et chatoyantes beautés qu’il nous ait été donné d’entendre au cours de ces dernières décennies. (M. F.)

 

Numéro
1
Durée
0:10:0
Effectif

pour soprano, clarinette et piano