Mensagem ao mar

2009

« Mensagem Ao Mar »

 Trio à clavier (2009) – 20’

I.     Tempo de bossa nova

II.   Marejados – esolarada – apaixonada (appasionata)

Ce « Message à la mer » s’inscrit dans les deux acceptions du terme « à ». A commencer par le message « destiné » à la mer, comme un mumure des passions humaines que l’on confie à l’océan, surface muette infine où la vie pourtant s’agite en profondeur ; Ensuite ces messages écrits sur papier, enfermés dans une bouteille lancée dans les flots afin que ceux-ci les transmettent à un destinataire du bout du monde. Peut-être du Brésil vers l’Europe et vice-versa ?

Jeu métaphorique qui se révélera au gré d’une partition écrite suite à mon deuxième séjour brésilien. Pour l’anecdote, j’ai été invité successivement en été 2008 et 2009 pour donner des cours d’analyse et de composition aux Universités de Campinas et de Sao Paulo. L’enjeu de ces classes étant d’offrir une réflexion sur les relations qu’entretiennent les musiques populaires et folkloriques avec les musiques dites « savantes ». Dès lors cette pièce fait écho aux nombreuses discussions que j’ai eues avec quelques étudiants passionnés par le sujet.

Deux acceptions « messagières », donc deux mouvements basés sur un project commun organisé autour de la notion de révélation. Tout particulièrement, celle de l’expressivité musicale en ce début de XXIe siècle. Pour y parvenir, la musique prend sa source dans des fragments bruiteux qui peuvent nous rappeler quelques bruits humains (avec ces balayages et autres frottements d’archets sur la caisse ou sur les cordes du violon et du violoncelle ; avec aussi ces « toc-toc » étranges sur le bois du piano, ou encore ces sonorité étouffées des cordes graves de l’instrument effleurées par un tissu bienveillant). Du bruit naîtra le son périodique, et avec lui le fragment mélodique. Et pour mieux le faire (re)sentir, émergeront alors des bribes lointaines d’une chanson populaire brésilienne : « Chega de Saudade » (assez de « saudades » - sorte de nostalgie) de Tom Jobim. L’occasion de signaler au passage que tout ce mouvement est construit rigoureusement sur un « pattern » issu de la bossa-nova, qui sera lui aussi révélé au fur et à mesure de la partition. Quant aux fragments dévoilés, mis bout à bout, ils feront naître la mélodie dont l’exégèse expressive envahira le second mouvement.

A propos de celui-ci, un travail structurel participera à une autre révélation, la révélation des qualités expressives. Depuis le « marejados » - terme impossible à traduire en français, mais appliqué au mouvement des flots ; ainsi qu’aux mouvements des larmes (un écho à mon troisième quatuor « les larmes d’un ange » ?) – jusqu’à l’« ensolarada » (un ensoleillement musical révélé par une plénitude harmonique dériviée de la spectralité), pour enfin s’épanouir dans un « appassionata » superposant l’intensité des longues notes d’archets à la virtuosité débordante et jubilante du piano. Musique narrative (non pas dans le sens littéraire du terme, mais dans l’idée d’une narration des événements musicaux) ; musique expressive ; elle témoigne de la richesse des pensées qui peuvent ainsi émerger de la rencontre d’imaginaires culturels multiples à l’œuvre sur notre terre. Ici, la rencontre entre des musiques extra-européennes et l’écriture occidentale, une constante de ma production musicale.

 « Mesagem Ao Mar » est dédié à Julia Tygel, compositrice brésilienne et ethno-musicologue ayant activement participé au programme d’archivage du patrimoine musical des indiens Timbira, qui m’a fait découvrir de nombreuses et merveilleuses musiques du répertoire brésilien. Elle partage cette dédicace avec les membres du Trio Talweg qui ont créé cette œuvre en septembre 2009 dans le cadre du Festival Emergence.

 

Claude LEDOUX

Membre(s)
Durée
0:20:0
Effectif

trio à clavier (20 min.)

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