Tota pulchra es, amica mea

Catégorie
Oratorio
Musique électronique mixte
Musique vocale
2010
Compositeur(s)
Instruments
Voix de contreténor
Voix de ténor
Voix de baryton
Voix de baryton
Voix de basse
Voix de basse
Orgue
Cornet à bouquin
Cornet à bouquin
Flûte à bec alto
Electronique
Cornet muet
Durée
75 min.
Effectif

Six voix d'hommes, orgue, cornets, flûte à bec et électronique

Comment
Cette œuvre a été écrite avec l’aide de la Communauté française (Direction générale de la Culture, Service de la Musique).
Date de création
Program

 

Tota pulchra es, amica mea

  

Célébration pour les 800 ans de la Paroisse Notre-Dame de la Chapelle

 

 Dès les premières étapes du projet de cette œuvre destinéeà être créée dans le cadre de ce huit-centième anniversaire, il nous est d’embléeapparu essentiel d’évoquer musicalement l’époque concernée (les premièresdécennies du XIIIe siècle) et de créer une mise en perspective en laconfrontant à la nôtre par une approche esthétique actuelle. Bruxelles faisaitalors partie du diocèse de Cambrai. Aussi, tout naturellement nos recherchesnous ont conduit à la bibliothèque municipale de cette ville, riche enmanuscrits grégoriens. Notre choix s’est fixé sur les Premières Vêpres del’Assomption, telles que nous les avons trouvées dans l’Antiphonarium ad usum Cameracensis eccelsiae(1235-1245). Les premières vêpres, chantées traditionnellement en début desoirée, marquaient le changement de jour liturgique, et dans le cas présent ils’agit de l’office chanté le 14 août.

 

Le manuscrit nous transmet la série complète des antienneset hymnes prévus pour cet office et indique les références des psaumes associésà ces antiennes. Toutes ces pièces de plain-chant seront créées en premièrepartie de concert dans la version particulière de ce document ancien.Toutefois, les psaumes ont été partiellement traités polyphoniquement, dans unetentative d’évocation des pratiques polyphoniques primitives, généralementimprovisées.

 

Le sous-titre choisi pour cette célébration, Tota pulchra es, amica mea[1], est tiré de lapremière antienne de l’office selon l’antiphonaire précité[2].Il s’agit d’un fragment du Cantique desCantiques (4,7) qui prend place à côté de plusieurs autres que l’on trouveparmi les antiennes utilisées dans les différents offices consacrés au culte dela Vierge Marie.

 

La confrontation évoquée ci-dessous s’impose avec le Magnificat, qui marque la deuxièmepartie du concert, dans une mise en musique originale, recourant à des procédésd’écriture polyphonique contrastés et reliant à la fois le matériau grégorien,les sonorités de l’orgue mésotonique et des cornets à bouquin, mais aussi,celles des cloches de l’Église de la Chapelle enregistrées et traitées par leCentre de Recherches et de Formation Musicales de Wallonie (CRFMW).

 

Pour la dernière partie de l’œuvre, synthèse et conclusion à la fois, nous utilisons librement uneautre antienne provenant du Cantique desCantiques : Nigra sum, sedformosa[3](Cant 1,5), dont l’utilisationnous a été suggérée très judicieusement par l’Abbé Jean-Luc Blanpain. Bien quecette antienne n’apparaisse pas dans le manuscrit cambrésien, elle faittraditionnellement partie du culte dédié à la Vierge et est d’ailleurs inclusedans l’antiphonaire actuel édité par l’Abbaye de Solesmes. Par ailleurs,Claudio Monterverdi, dans ses VesproDelle Beata Vergine, en a mis le texte en musique dans un style trèspersonnel et en a fait en quelque sorte un motet pour ténor solo. A l’instar dela forme globale que revêt le Cantiquedes Cantiques, c’est-à-dire un dialogue (sous formes de poèmes, de chantsd’amour alternés) entre une femme et un homme, Monteverdi fait suivre lefragment Nigra sum, dit par la femme,d’un autre, dit par l’homme : Surge,amica mea, et veni[4] (Cant2,11). Pour faire la liaison entre ces différents fragments du texte original,Monteverdi introduit ces mots : Etdixit mihi[5].Nous avons pris ce procédé en exemple en enchaînant le fragment Nigra sum à celui qui est emprunté parla première antienne de l’office grégorien que nous avons élu, Tota pulchra es. Cet enchaînement estmis en évidence par la présence remarquable des voix de dix récitantes faisantentendre, chacune dans leur langue, ces fragments du Cantique des Cantiques. Après l’hébreu, langue originale de cetexte sublime, le grec et l’arménien, les textes seront entendus dans laplupart des langues parlées des différentes communautés qui vivent dans lesquartiers environnant l’église de la Chapelle.

 

Dans la conclusion, les sons de ces voix parlées serontamenés à s’intégrer à ceux des voix magnifiques de l’Ensemble Psallentes, desinstruments, mais aussi des sonorités spectrales issues des cloches, présentesquant à elles dès la première partie du concert pour encadrer toutes lescitations grégoriennes authentiques. Enfin, grâce aux outils technologiquesapportés par la contribution du CRFMW et à l’architecture gothique très propiceque nous offre le magnifique édifice, le public est convié, tout au long duconcert, à une écoute stimulée par les effets de spatialisation qui contribuentà donner toute la dimension attendue pour cette création.

 

Jean-Pierre Deleuze


[1] « Tu estoute belle, mon amie ».

[2] Pour un mêmeoffice, le choix des antiennes varie d’un manuscrit à l’autre en fonction desusages locaux.

[3] « Jesuis noire, mais je suis belle ». Le contexte du Cantique des Cantiques nous indique que l’adjectif « noire » doit être compris dans le sensd’avoir le teint sombre, basané, parce que le personnage féminin qui est mis enscène dans ces premiers vers avait été faite « gardienne desvignes », malgré elle.

[4]« Lève-toi, mon amie, et viens ».

[5] « Et ilme dit ».