The World Starts Every Minute

Sous titre
En collaboration avec Marie-Jo Lafontaine
Catégorie
Musique électroacoustique
Installation sonore
2007
Compositeur(s)
Effectif

pour 13 haut-parleurs

Date de création
Program

«The world starts everyminute»

est une installationsculpturale, sonore acousmatique produite par Marie Jo Lafontaine avec TodorTodoroff comme compositeur .

La spatialisation du son estproduite ici par 13 hauts parleur dont 7intégrés sculpturalement dans des côneset 6 autres installés dans les murs en périphérie qui diffusent des niveaux,des courbes, des registres de sons, des strates superposées de couches sonoresémanant de différentes localisations dans l’espace ce qui produit une situationqui s’apparente au réel.

L’installation sonore à laqualité d’être un espace sculptural qui prolonge le caractère permanent desœuvres de Marie Jo Lafontaine, qu’elles soient, installations vidéo,installations photographiques.

L’idée de cette installation sonoreest le manifeste du rire qui s’inspire bien sur des écrits de Henri Bergsonmais de bien d’autres auteurs et qui se situe surtout dans un mouvementd’ensemble de toute la création d’œuvres de Marie Jo Lafontaine, c’est ainsiune amplitude à l’histoire renouvelée de ses fables, de ses récits, de sesdénonciations, de ses références au beau ou à l’effroi dans une saisie aigue dumonde

L’histoire de cette œuvresonore, le scénario construit par strates, effacements, superpositions, couchessonores de significations s’origine dans la voix de cet enfant qui se nomme Yulica,cette petite fille qui tente de se remémorer un chant, une comptine oubliée.

L’enfant vient ainsi frapperau seuil de la mémoire, ce chant évoquéest un soubassement, un questionnement constant à l’écoute du présent et dufutur en projection.

Il est pure origine,virginité éclatante, comme lieu intouchable de l'être en émergence sur la viepleine de promesses et de bonheurs.

Et c’est sur cette résonanceque viens s’articuler le déroulement sonore en écho au monde mais vécu,intercepté dans le moi individuel et multiple.

C'est une création qui se développe pour le visiteur en tempsréel avec les événements du quotidien, là où se passent les événements, là oùs’évaporent aussi les drames, lestragédies, les résonances des territoires humains. C’est l’écho du « parc humain» mondial.

C’est dans cet intervalle,entre le début du chant de Yulica et le cri du

« NO!» de la femme adulte qui interrompt et clôture ledernier chant de Yulica, un chant juste évoqué qui viens de loin, dans uneprofondeur du temps comme un souvenir heureux de l’innocence, un merveilleuxespace gelé de la mémoire, de sonenfance, de notre enfance, que viens sedévelopper un parcours de moments éclatés de l’histoire chaotique etangoissante de la vie mais aussi bien des éclats de rires joyeux et sournoisd’enfants qui répondent à un discours d’adulte peut-être trop autoritaire.C'est aussi une fête de rires complices, qui se développent en ondes d’échos etdont l’amplitude surprend le visiteur dans sa déambulation dans l'espace et quiprésuppose que c’est l’autre de lui-même qui rie dans cet intervalle de laperception…

Commentaires

Etre dans le monde en tant qu’enfant et y survivre en tant qu’adulte

La signification du son est sur l’intervalle entre lechant inaugural et le chant final qui est une amplification du premier maisaprès avoir traversé, vécu, l’écoute des événements, il est tellementinsupportable à la perception de la femme adulte qu’elle lance, qu’elle hurle" NON" qui suppose«Arrêtez»!" Stop"…

Au milieu du parcours sonore, l’insouciance deYulica,son écart au monde est scandé parla corde à sauter et le comptage du temps innocent mais perceptif en deçà de laconscience au seuil du refus du réel.

Fragments et complexité sonore.

Les phases sonores sont une traversée des mondesextérieurs:

Entre intériorité et extériorité, entre le privé deses perceptions là où se passe l’événement et la sortie de soi-même dansl’espace des grandes métropoles urbaines.

Les cris, les coups de feu et la vague des émotionsoscillent entre complicité et effroi, entre rires confondus dans des plaintesou dans des pleurs, parfois dans une ambiguïté du rire qui se meut en pleurs.

La revendication du son est le rire qui se développepar les chants, les murmures, les chuchotements, les cris, les pleurs, lesplaintes, la complicité, les messes basses, les fous rires, la dimensionasilaire de la voix poussée à l’extrême comme pour se faire entendre dans letumulte lorsque personne ne vous entend,les rires joyeux, les rires désespérés …

Les rires d’enfants sont gais, insouciants mais se rient t’ils de nous ou bien sont-ilsheureux dans leurs rires? En fait ils intègrent le retour des heurts sansle dire, sans le manifester !

Sous le tonnerre,le chant d'une voix s’élèvecomme une conjuration des malheurs ou une force qui dépasse les contingences.

Le chant perdure malgré la continuité des événementstragiques, il faut en rire et voilà le chœur des rires en réverbération.

Les lieux d’émergence du rire sont ceux qui sont émiset enregistrés dans une cathédrale, dans la forêt, dans le sous-terrain d’unparking, dans l’appartement privé, dans la salle des pas perdus d'une mairie dela ville d'une grande métropole, dans le repliement sur soi…

C'est une traversée des espaces privés ou publics.

Dans l'espace de l’installation,le visiteurassiste aux événements mais il est aussiacteur créatif, il participe en temps réel à un déroulement enpuissance, il est à la fois otage et participant, libre à lui de se déplacer là où une phrasesonore significative à lieu car les lignes concrètes de sons lui proposent cechoix, celui d’échapper à l’action, ou bien celui d’être voyeur de la chose quise produit.

Ce projet dans sa position est la manifestation d’unerévolte, face au monde marchand, face à l’économie du savoir qui perçoit lesfailles, les abaissements de la pensée forte en opposition au décoratif ambiantsous posture intellectuelle qui satisfait le non discours.

C’est un nonapposé à l’extrême, c’est un non àl’endormissement, c’est un non àl’hypnose de la marchandise. C’est un nonà la souffrance, à la soumission d’un ordre marchand, celui-ci aveugle à lapensée génératrice d’ouverture, de libération et d’espoirs.

Le NON est un non rebelle et un NON du leurre pour desfacéties décoratives qui plongent l’autre dans un embellissement de surface etde perte.

C’est un NON d’énergie pour surgir et sortir de lafinitude.

C’est un NON pour l’écoute et il suffit d’entendre leschants de Yulika pour comprendre le message.

Ce chant venu du fond d’une histoire perdue, dans latentative de la mémoire perdue pour laquelle le groupe d’enfants s’esclaffedans des rires légers.

Ecoutez ce chant en développement repris dans le lointainpar cette chanteuse mezzo-soprano, Solange Labbé et suivi par cet autrechanteuse Birthe Bendixen au répertoired'opéra qui chante en improvisant«casta diva» sous les rires des enfants qui se prolongentjusqu’à l’extinction.

Espace «republica» …

Les cris, les lamentations qui se meuvent à celles descris des enfermés, dimension asilaire et ouverte à la dimension de la placepublique, là où se projette le lieu des luttes et des espoirs sous l’impact desballes de l’autorité pour interrompre la manifestation du peuple et lacantatrice décide dans son cri final de dire NON! c’en est assez!

Silence !!!

Revenons au rire, pénétrons nous dans l’espace de nosespoirs et de nos vies et Rions du rire et un grand merci à Yulica et toutesles autres voix.

Martial Thomas